Le silence

 

L’action se passe à la frontière de la Syrie et de la Turquie, dans les années 1930. Agatha Christie accompagne son mari, Max Mallowan, archéologue au Moyen-Orient. Elle raconte, dans La Romancière et l’archéologue, ses découvertes sur les mœurs des habitants. L’une d’elles m’a saisie.

Tout est si calme et si paisible ici, pas une âme à l’horizon.

À ce moment précis, un vieillard surgit de nulle part. D’où vient-il? Il gravit lentement le versant du tertre, sans la moindre hâte. Il porte une longue barbe blanche et sa dignité est ineffable. Il salue Max poliment.

La vie vous est-elle douce?
- Oui. L’est-elle pour vous?
- Oui. Alors remercions Dieu!
- Remercions Dieu!

Il s’assied à nos côtés. Un long silence s’installe, ce silence courtois des gens bien élevés qui est si reposant après la précipitation occidentale. Enfin, le vieillard demande son nom à Max. Celui-ci lui répond. L’homme réfléchit à voix haute. Milwan, répète-t-il, Milwan… Quelle légèreté! Quel éclat! Quelle beauté!

Il reste assis avec nous encore un moment. Puis il nous quitte, aussi calmement qu’il est venu. Nous ne le reverrons jamais.

Ici, le silence est sagesse : peu de mots invitant à savourer la dignité du visiteur, sa courtoisie, son appréciation de la vie, sa profondeur : remercions Dieu!

Il est aussi poète, on voit bien son amour des sons : Milwan, Quelle légèreté! Quel éclat! Quelle beauté!

Qui oserait parler de parcimonie ou de pauvreté du langage? Les mots sont comme des émanations de l’âme. On les respecte, on les goûte, Tant de fraîcheur! Cela ressemble au chemin de la prière où l’on entre en faisant silence. Ce vieillard, tout imprégné de paix redonne toute sa dignité à la dernière étape de la vie sur terre. Être âgé, c’est avoir le luxe de vivre de longs moments dans le silence en compagnie de Dieu qui patiemment nous suit dans notre discours intérieur nous invitant discrètement au silence intérieur qui conduit à la paix du cœur.

Lucille Lepitre, fcscj

haut de page