La fête de Pâques

 

À Pâques, nous célébrons l’éclatement de la vie de Jésus qui non seulement a vaincu la mort mais se rend maintenant présent à toute sa création, donc à nous les humains, de façon préférentielle. Ce qui est marquant dans le témoignage de ses apôtres parlant de la manifestation de Jésus ressuscité, c’est le souhait qu’il leur fait : La paix soit avec vous (Jn 20, 19) répété deux fois (Jn 20, 21). Au cours de sa vie terrestre, Jésus leur avait parlé de ce bien précieux dans un entretien où il les informait que sa vie touchait à sa fin. Avant de les quitter, il leur avait dit : Je vous laisse la paix, je vous donne ma paix. Or, dans la Bible, la paix est plénitude de vie, elle est le don par excellence. Aussi les apôtres ont-ils consigné ces paroles parce qu’ils en connaissaient la portée. Mais, après la résurrection, la paix est offerte au monde. Nous pouvons parler de plénitude de vie, aujourd’hui pour nous. Qui de nous n’a pas fait l’expérience de voir surgir la vie là où il ne l’attendait pas? Il y a quelque vingt ans, Isabelle Pierre chantait : "Tu trouveras la paix dans ton cœur et pas ailleurs". Force nous est de reconnaître qu’elle avait raison : la vie nous précède au-dedans, au moment où nous cherchons à la trouver au dehors dans mille artifices parfois trompeurs ou pour le moins éphémères. C’est bien à partir du dedans qu’on est heureux en vivant les effets de la paix en nous. Cependant, elle demeure insaisissable, tout comme Jésus ressuscité que Marie Madeleine ne peut toucher parce qu’Il est vraiment autre. La vie, c’est Jésus qui nous la donne et elle rayonne à partir de notre centre. Au matin de la résurrection, le tombeau se retrouve vide : la pierre renversée est moins la preuve qu’un vivant est passé, qu’une fenêtre ouverte sur une absence inexplicable. La vie est bien là qui fait surgir ce dont elle peut avoir besoin. C’est ainsi que l’Esprit de Jésus invente la paix dans notre vie de baptisé (Yves Girard, Croire jusqu'à l'ivresse). La paix est toujours à se faire, on ne peut pas la saisir et se dire : elle est ici, restons-y. Cependant, nous savons que le miracle de la résurrection se produit aujourd’hui; ainsi, le Christ envahit tout l’espace et le temps : la paix d’hier n’est pas celle d’aujourd’hui, elle sera autre demain, toujours ajustée à notre vécu. C’est l’Esprit de Jésus qui nous la fait goûter et nous rend ainsi sensible à l’autre qui la vit lui aussi dans sa manière d’être au monde. Elle est une même force invisible qui nous unit au-delà de nos différences et nous amène à dire après une expérience religieuse telle la veillée pascale : Que c’était beau! On parle de l’Exultet si bien chanté, du climat d’intériorité, tout en sachant bien que le ressuscité s’y est manifesté.

Lucille Lepitre, fcscj

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