La vie plus forte que la mort, Haïti

Dès les premiers jours, la mort de milliers d’Haïtiens, nous l’avons vue sur nos écrans de télévision. Des journalistes au cœur sensible, tels Jean-François Bélanger, Emmanuelle Latraverse, Céline Galipeau et tant d’autres ont présenté l’horreur avec un respect teinté d’une grande tristesse.

Immédiatement, la communauté internationale est intervenue. Rendre l’aéroport opérationnel afin que chaque avion ait une fenêtre d’atterrissage, cela témoigne d’une savoir-faire exceptionnel.

Assister un pays complètement dévasté par un tremblement de terre, aucun groupe n’avait été formé à relever un tel défi. Bien sûr, on ne dégage pas les routes encombrées de gravats en une semaine quand on n’a, au départ, ni grue ni bélier mécanique, mais cela est venu.


Nourrir des millions de personnes affamées, cela demande une discipline que seul un grand nombre de militaires pouvait assurer. Ce fut fait. Mais il a fallu être pratique et sûrement plusieurs aidants ont dû faire preuve d’abnégation dans le but de sauver des vies. Il est en effet difficile dans une entreprise de cette ampleur de ménager toutes les susceptibilités. Ce sont les plus forts qui ont commandé. Comment le leur reprocher?

Maintenant, où en sommes-nous? Le regard se fait plus critique et les reportages plus incisifs. Le tremblement de terre du 12 janvier 2010 lève le voile sur une fracture que M. Jean-Marie Théorat appellera le gouffre qui sépare, depuis deux siècles, le peuple de l’élite1. On découvre alors que, dans ce pays, il y a des esclaves noirs, surtout des enfants sur lesquels les maîtres qu’ils servent ont plein pouvoir. Il est évident que ces enfants n’ont pas droit à la scolarisation, ils sont battus et doivent travailler de longues heures sans réclamer quoi que ce soit. Mal nourris, mal habillés, ils sont présentement abandonnés.

Un journaliste de La Presse, Patrick Lagacé, excédé par la susceptibilité de l’élite, dénonce l’incurie du président. Il demande pourquoi les divers intervenants acceptent de ménager à ce point une autorité incompétente. D’autres amis d’Haïti, présents à la Conférence du premier ministre Bellerive à la rencontre de Montréal, demandent qu’il n’y ait pas d’élections bidons. La crainte est fondée : la dispersion des forces des véritables leaders de l’opposition favoriserait l’élection du président actuel qui n’a pas su relever le défi d’instaurer une véritable démocratie en Haïti, qui n’a pas su endiguer la corruption qui gangrène le pays tout entier.

La dette d'Haïti est remise, les forces vives d’Haïti sauront-elles s’unifier; point n’est besoin d’un empereur, il faut plutôt des rassembleurs mais aussi des visionnaires au grand cœur. Comme se le demande Michaëlle Jean : …serait-il possible de faire de cette épreuve inhumaine l’occasion d’une renaissance, d’un mouvement irrépressible vers un présent plus digne et un avenir meilleur?

1 L'Actualité, le 1e mars 2010, p. 18

Lucille Lepitre, fcscj

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