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La plus grande des écoles offertes aux Filles
de la Charité pour septembre 1909 est le Couvent de Magog,
dirigé par les Sœurs de Sainte-Croix. Depuis 25 ans, ces
religieuses se dévouent avec succès auprès des enfants. Quand
cette dernière Congrégation avait accepté de venir à Magog, elle
avait fait preuve d’une réelle générosité apostolique; car la
commission scolaire, étant très pauvre, ne pouvait offrir qu’une
faible rétribution. Les autorités avaient apprécié leur
dévouement; aussi firent-ils appel une seconde fois aux
supérieures en leur offrant la direction de la Crèche. Mais, la
communauté ayant pour fin unique l’éducation de la jeunesse, ne
put accepter une œuvre qui ne répondait pas à l’esprit de la
Congrégation. Or, ce refus avait quelque peu contrarié les
autorités du diocèse; d’autre part, la commission scolaire était
assez mal disposée parce que les Sœurs de Sainte-Croix lui
avaient en même temps demandé une augmentation de salaire pour
leurs maîtresses; enfin, l’esprit d’adaptation, que les Filles
de la Charité du Sacré-Cœur avaient montré à la Crèche,
disposait l’évêque et le curé en leur faveur. Ces motifs –
peut-être d’autres ignorés du public – occasionnèrent le
changement de Congrégations.
L’hésitation des supérieures des Filles de la Charité du
Sacré-Cœur à accepter la nouvelle charge n’était pas sans
raison; les souffrances du début, on les prévoyait...

La
plupart des religieuses désignées pour Magog arrivaient de
France le 30 août et ouvraient leurs classes le 5 septembre
[1909]. Quelle émotion! Tout était si nouveau : le pays, les moeurs,
les élèves, les méthodes d’enseignement! Comment allait-on s’y
prendre? L’adaptation était d’autant plus ardue que les élèves
et les parents pardonnaient mal aux nouvelles venues de
remplacer leurs anciennes maîtresses bien-aimées. « Des
religieuses, habillées comme celles de la Crèche; allaient-elles
pouvoir leur enseigner quelque chose? » En tous cas, on se
l’était promis, « ces intruses ne gagneraient pas leur cœur! »

Sœur
Léonie, ainsi que les sœurs Marie-Clémence, Clément-Marie,
René-Saint-Maurille, Pierre-Fourrier, Marie-de-Bétharram,
Madeleine-de-Pazzi, Marie-Angèle et Saint-Hilarion, se
partagèrent le travail. La supérieure hérite de la classe des
grandes élèves; naturellement, elle a la tâche la plus
difficile. Les sarcasmes de ses élèves la minent, le froid de
l’hiver canadien la terrasse; elle est humiliée et broyée dans
tout son être. La fièvre, les rhumatismes s’emparent de son
organisme abattu. Quelques semaines suffisent à l’amener aux
portes du tombeau. Elle meurt à 36 ans, quatre mois après son
arrivée au pays. Dieu, qui n’a pas besoin du temps pour sculpter
les âmes, en avait eu assez pour son œuvre. Il avait demandé à
Sœur Léonie le sacrifice de son pays et de son influence
personnelle. Elle avait répondu « oui » aux volontés de son
époux. Le succès du couvent de Magog germera sur sa tombe.

L’année
suivante, sœur Thérèse-de-Saint-François est nommée supérieure,
sœur Saint-Edgard vient de Newport prendre la direction de la
classe des élèves les plus âgées. Toutes deux possèdent les
vertus de douceur, de fermeté et de bonté, à un degré supérieur;
elles ont le don de s’attirer les esprits et les cœurs. Elles
achèvent donc l’œuvre de pacification, les élèves deviennent
dociles et aimantes.

La
bénédiction de Dieu sur l’œuvre se manifestera surtout dans les
nombreuses vocations religieuses qui viennent, dès les premières
années, peupler le noviciat des Filles de la Charité du
Sacré-Cœur de Jésus.[…].

Dès
1912, on entreprend des travaux d’agrandissement à l’école; on
adosse le nouvel édifice à l’ancien, après avoir reculé celui-ci
de cinquante pieds. À cette époque, le couvent comprenait 12
religieuses, 34 pensionnaires et 275 externes.

Les œuvres du couvent de
Magog, de la paroisse Saint-Patrice – car Magog compte
maintenant trois paroisses -, se multiplièrent rapidement. Les
sections musicale et ménagère ont chacune leur histoire de
petites peines et de beaux succès. En 1962, cinq écoles
dirigées par les Filles de la Charité du Sacré-Cœur dispensent
l’instruction à près de deux mille élèves dans la prospère
petite cité.
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